Patrick Debus-Pesquet, Numergy : « Nous mettons en place l'architecture pour supporter un million de VM à l'horizon 2015/2016"

Dans un entretien avec LeMagIT, Patrick Debus-Pesquet, le dployer ses ailes dans le cloud. L'architecture actuelle héritée de SFR va évoluer pour englober un nuage OpenStack. Objectif : fournir un support multi-hyperviseur et réduire les coûts afin de proposer une infirecteur technique de Numergy, explique comment l'opérateur entend dérastructure capable de supporter un million de VM d'ici deux à trois ans.

Bannière de une de l'article cloud Numergy, Patrick Debus-Pesquet

[Note : La version initiale de l'article indiquait de façon incorrecte des SLA de 99,7, 99,8 et 99,9% pour les différentes offres de Numergy, au lieu de 99,7%, 99,9%  et 99,99%. Ces informations ont été corrigées dans cette version de l'article]

La semaine dernière, LeMagIT a pu s'entretenir avec Patrick Debus-Pesquet, le directeur technique de Numergy, la filiale cloud de SFR, Bull et Caisse des dépôts et Consignations. Arrivé chez l'opérateur de cloud français le 10 décembre dernier. Patrick Debus Pesquet a un long historique dans l'informatique. Ce diplômé de l'IEP de Lyon a commencé sa carrière chez Shell en tant qu'analyste SNA, avant de travailler pour Aérospatiale, Renault et SITB (aujourd'hui Atos Origin).

Il a ensuite travaillé pour les éditeurs Legent (racheté par CA en 1995) et Interlink Computer Science. Il occupait le poste de Directeur International Field Marketing réseaux chez Sterling Software.   Auparavant, pendant plus de 5 ans, il a été en charge du développement de plusieurs gammes de logiciels chez Legent et Interlink Computer Sciences, qui avait développé l'une des premières piles TCP/IP pour Mainframe (racheté par Sterling Software en 1999). Chez Sterling, Debus Pesquet était directeur International Field Marketing réseaux, avant d'être de nouveau racheté par Computer Associates en 2000.

Depuis 2006, Patrick Debus Pesquet était le directeur technique de l'éditeur en France, un poste qui lui a permis plus récemment d'accompagner Bull dans le développement de son offre de cloud (le constructeur français s'appuie sur de nombreux outils CA, dont ceux hérités des rachats de Cassatt, Concord/Aprisma, Nimsoft ou Oblicore, pour son offre de modernisation IT, Le Cloud by Bull). Ce n'est donc sans doute pas par simple coïncidence, qu'il est aujourd'hui le directeur technique d'un opérateur Cloud, dont Bull est actionnaire…

 

LeMagIT : Pourquoi avoir quitté CA pour Numergy ?

Patrick Debus-Pesquet : J'ai rejoint Numergy officiellement le 10 décembre avec comme charge et fonction la direction technique. J'ai un background essentiellement logiciel et l'un des intérêts de ma nouvelle fonction est que mes responsabilités englobent l'intégralité de la plate-forme et vont jusqu'au choix du matériel. L'entreprise Numergy est une « start-up », mais elle est dotée d'une structure et de moyens que l'on ne trouve en général que dans de plus grosses entités avec notamment un conseil scientifique, des actionnaires puissants…

 

LeMagIT : Justement à propos de moyens, où en êtes-vous du développement de votre cloud ?

P.D-P : Nous avons déjà une plate-forme opérationnelle et en production. Au premier jour de Numergy, SFR Business Team nous a en effet apporté sa plate-forme cloud, conçue aux environs de 2010 (NDLR : cette plate-forme a notamment évolué sous la houlette de Benjamin Revcolevschi, le Directeur des Services et Cloud de SFR qui décrit sa conception dans un article publié sur Venture Beat). Elle a 18 mois d'activité en production. Cette plate-forme Cloud est bâtie sur des serveurs CloudSystem Matrix d'HP, du stockage 3PAR et des commutateurs Cisco Nexus 7000. Elle utilise VMware vSphere pour la fourniture des services de virtualisation. Au-dessus de cette couche d'infrastructure, SFR a développé une application baptisée CFS (Cloud Federation Services) qui gère le provisioning des services et permet aux utilisateurs, comme à celui qui administre la plate-forme, d'accéder aux services offerts par la plate-forme. CFS s'appuie notamment sur HP Orchestrator et utilise aussi des applications maison développée en Python, Ruby et Java. Il est à noter que cette plate-forme a été conçue pour présenter soit des VM soit un environnement de type datacenter virtuel.

Nous avons la chance d'avoir hérité d'une plate-forme bien pensée. Comme tout bon opérateur télécoms, SFR a d'abord réfléchi aux usages, puis aux partenaires. Et à partir de là, ils ont mené leur travail d'intégration. En haut de la liste figuraient des services comme le catalogue, l'orchestrateur, la gestion des capacités et bien sûr la  facturation. Tous les autres questionnements sont à la périphérie.

LeMagIT : Quels services proposez-vous sur cette plate-forme ?

P.D-P : Aujourd'hui, nous proposons trois offres : une d'entrée de gamme, une offre moyen de gamme et une offre haut de gamme. Nos VM incluent de 1 à 5 adresses IP publiques et la plate-forme permet aux clients de paramétrer leur firewall selon leurs besoins.

Côté sécurité, les administrateurs chez Numergy ne peuvent accéder aux VM ou à leurs données. Les fonctions d'administration sont déléguées soit à nos distributeurs, soit au client final. Ils disposent d'un extranet qui permet de gérer l'intégralité des attributs de la VM, ses capacités CPU, mémoire ou stockage. L'extranet offre aussi un suivi en temps réel de la performance.

Nos trois offres bénéficient respectivement de garanties de service de 99,7% pour l'entrée de gamme, de 99,9% pour le milieu de gamme et de 99,99% pour le haut de gamme. Ces SLA sont pilotés via un CRM qui suit l'activité en cas d'anomalie ou en cas de besoin d'intervention sur un ou plusieurs éléments de la plate-forme.

Pour l'instant toutes nos offres ne sont accessibles que via nos partenaires distributeurs (NDLR : Aenix, Bull, SFR, Sogeti, PC30). Mais en avril, nous aurons achevé nos travaux de refonte des 36 briques de notre portail et les services de Numergy deviendront accessibles à des utilisateurs finaux avec paiement en ligne

LeMagIT : Vous évoquiez la sécurité. Avez-vous des projets de certification de l'offre Numergy ?

P.D-P : Nous avons signé un gros contrat avec Bull pour obtenir les certifications 27001 et faire en sorte que nous soyons une plate-forme hautement protégée physiquement et logiquement. On a des outils intérieurs avec des mécanismes forts de délégation d'authentification

LeMagIT : Où est hébergée votre plate-forme de cloud ?

P.D-P : L'infrastructure de Numergy est hébergée dans les datacenters Tier 3+ de SFR à Courbevoie et Vénissieux et bientôt dans le datacenter de nouvelle génération de Trappes. Cela nous permet de bénéficier de fonctions de haut niveau en matière de PRA (building et plate-forme). La plate-forme dispose aussi d'un accès à des capacités de fibre allumée et de fibre noire, ce qui permet d'envisager d'accueillir un grand nombre de clients. La mise en service de Trappes va nous permettre d'étendre nos capacités de près de 30 000 VM supplémentaires ce qui fait qu'à la fin de l'année calendaire, la plate-forme actuelle sera capable d'accueillir près de 50 000 VM.

A terme, nous avons vocation à nous approcher au plus près du tissu économique qui est en manque de capacité numérique. Nous avons la volonté de nous installer dans le Sud de la France à Toulouse ou Bordeaux et à Marseille. Nous voulons apporter notre capacité au plus près des clients et partenaires. Nous entendons aussi soutenir des start-up en apportant des capacités de calcul. On fournira la supply chain qui les accompagnera dans leur développement. Par exemple, nous avons une très forte volonté d'être une passerelle et un soutien pour des éditeurs d'applications qui n'ont pas de capacité de Capex. Nous allons ainsi soutenir des start-ups de l'édition logicielle, dont les applications sont multi-tenant.